Historique LEQGF et de l'importance des études sur le genre
L’idée de créer cette association a été lancée en 2018 après plusieurs constats…
… au niveau de la transmission des savoirs :
- Au Luxembourg les études sur le genre n’ont pas de portée scientifique et politique comme dans d’autres pays qui se sont dotés de centres de recherches, de départements universitaires, de programmes d’études et de réseaux associatifs. Si des initiatives sont lancées occasionnellement, les études sur le genre restent marginales dans le paysage luxembourgeois.
- Tandis que les études queer et sur les sexualités intègrent petit à petit les programmes d’études dans d’autres pays, au Luxembourg elles sont encore plus marginales comparé aux études de genre.
- Les co-fondatrices ont elles-mêmes suivi des programmes d’études sur le genre ou mené des recherches dans ce champ d’études. Elles savent ce que ce champ d’études peut apporter au niveau personnel et pour le développement de compétences professionnelles, analytiques et scientifiques. Finalement elles aimeraient transmettre leur passion à d’autres personnes.
… au niveau de la production des savoirs :
- Les recherches ou études qui proposent des données selon le genre se situent généralement dans la production statistique, rares sont les enquêtes et les terrains qui produisent des données qualitatives.
- Les recherches et études se contentent de décrire les différences de genre (en limitant sa signification à femme-homme), mais ne tentent pas d’expliquer les rapports de pouvoir, ni comment et pourquoi des inégalités se forgent au sein de la société luxembourgeoise.
- Il n’y a presque pas de connaissances sur les sexualités et les vies « queer » au Luxembourg. Les données empiriques sont manquantes et les recherches et études généralistes n’intègrent pas les théories, méthodologies et concepts des queer studies dans leurs démarches. Les enquêtes qui prennent en compte la dimension du genre ne croisent pas leurs données avec la dimension de la sexualité.
Les études sur le genre et les études queer sont des champs d’études interdisciplinaires qui traversent une multitude de disciplines (littérature, philosophie, sociologie, histoire, anthropologie, études culturelles, psychologie, biologie, architecture, art, médecine, droit, science politique, statistique, géographie, archéologie, cinéma, médias, etc.). Les études de genre ont commencé à émerger dans les années 1970 dans le sillage des combats féministes et des mouvements de libération des femmes. A l’origine on parlait plutôt de « women’s studies » ou aussi de « feminist studies », mais s’est rapidement étendue la notion de « gender studies ». De la même façon, à partir des années 1980 et dans la dynamique des mouvements de libération homosexuelle et trans, se sont formées les « études gays et lesbiennes » qui aujourd’hui sont aussi appelées études queer ou « études LGBTIQ+ ». Parfois on retrouve aussi l’appellation « sexuality studies » pour recouvrir un champ plus large et, plus récemment, les études trans se sont développées comme un champ d’études à part entière. Aujourd’hui ces dénominations sont souvent regroupées afin de montrer la portée globale de ce champ d’études.
LEQGF donne une importance égale aux trois dimensions qui le constituent et a donc choisi l’appellation « études queer, sur le genre et les féminismes ». Il n’empêche que parfois LEQGF parlera d’études de genre et de sexualités, d’épistémologie féministe ou d’analyse queer.
En plus, pour LEQGF les théories féministes ne peuvent s’écrire au singulier. Il existe différentes théories féministes et différentes significations du genre. Ces différences peuvent être liées aux disciplines académiques, à différents pays et à différentes écoles de pensée (comme les études décoloniales, les « critical race studies », les « disability studies », les théories matérialistes, les approches écologiques, etc.). Dans cette optique, LEQGF favorise l’échange et la circulation de savoirs multiples qui ont en commun de s’ancrer dans la théorie critique.
Il s’agit d’un champ d’études et de recherches dynamique et foisonnant qui se renouvelle perpétuellement en proposant des débats conceptuels et épistémologiques sur les questions de genre, de sexualité, d’(in)égalité. Effectivement, les études féministes, queer et sur le genre sont nées de la volonté de remettre en question le regard androcentrique et hétérocentré des sciences et de la société en proposant des théories, des méthodologies, des analyses et des grilles de lecture innovantes et critiques pour décrire et interpréter la réalité sociale. À cela s'ajoute que les études queer et les études sur le genre ne se contentent pas uniquement de porter un regard critique sur la science et l’académie. Ces études ont aussi une portée politique et sociale et proposent des analyses, des outils et des méthodes destinées à transformer la société.
Pour en savoir plus sur les développements des études sur le genre vous pouvez consulter le manuel « Introduction aux études sur le genre » édité par Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, Anne Revillard (3ème édition, 2020). Ou encore l’ouvrage « Gender/Queer Studies: Eine Einführung » de Nina Degele (2008).
History of LEQGF and why gender studies matter
The idea of creating this association was initiated in 2018 after several observations...
... at the level of knowledge transmission:
- In Luxembourg, gender studies do not have a scientific and political scope comparable to other countries which have research centres, university departments, study programmes and associative networks. Although initiatives are occasionally launched, gender studies remain marginal in the Luxemburgish landscape.
- While queer and sexuality studies are gradually becoming part of the curriculum in other countries, they are still more marginal compared to gender studies in Luxembourg.
- The co-founders have completed gender studies programmes or conducted research in this field of study. They know what it can bring on a personal level and for the development of professional, analytical and scientific skills. Finally, they would like to pass on their passion to others.
...at the level of knowledge production:
- Research or studies that offer gender data are generally located in statistical production, with few surveys and fieldwork producing qualitative data.
- The research and studies merely describe gender differences (limiting its meaning to women and men), but do not attempt to explain power relations, nor how and why inequalities are forged in Luxembourg society.
- There is almost no knowledge about sexualities and queer lives in Luxembourg. Empirical data is lacking and mainstream research and studies do not integrate queer studies theories, methodologies and concepts into their approaches. Surveys that take into account the gender dimension do not cross-reference their data with the sexuality dimension.
Gender and queer studies are interdisciplinary fields of study that cross a multitude of disciplines (literature, philosophy, sociology, history, anthropology, cultural studies, psychology, biology, architecture, art, medicine, law, political science, statistics, geography, archaeology, film, media, etc.). Gender studies began to emerge in the 1970s in the wake of feminist struggles and women's liberation movements. Initially it was referred to as "women's studies" or "feminist studies", but the notion of "gender studies" quickly spread. In the same way, from the 1980s onwards and in the dynamics of the homosexual and trans liberation movements, "gay and lesbian studies" were formed, which today are also called queer studies or "LGBTIQ+ studies". Sometimes the term "sexuality studies" is also used to cover a broader field and more recently trans studies has developed as specific discipline. Today these names are often grouped together to show the global scope of this field of study.
LEQGF gives equal importance the three dimensions that constitute it and has therefore chosen the name "queer, gender and feminist studies". Nevertheless, LEQGF will sometimes speak of gender and sexuality studies, feminist epistemology or queer analysis.
Moreover, for LEQGF feminist theories cannot be written in the singular. There are different feminist theories and different meanings of gender. These differences can be linked to academic disciplines, different countries and different schools of thought (such as decolonial studies, critical race studies, disability studies, materialist theories, ecological perspectives, etc.). In this respect, LEQGF promotes the exchange and circulation of multiple knowledges that have in common to be rooted in critical theory.
It is a dynamic and abundant field of study and research that is constantly renewing itself by proposing conceptual and epistemological debates on issues of gender, sexuality and (in)equality. Indeed, feminist, queer, and gender studies were born out of a desire to challenge the androcentric and heterocentric gaze of the sciences and society by proposing innovative and critical theories, methodologies, analyses, and grids of reading to describe and interpret society. At the same time, queer and gender studies are not only about critically examining science and the academic world. These studies are also political and social in scope, offering analyses, tools, and methods designed to transform society.
To learn more about the developments in gender studies, you can consult the textbook "Introduction aux études sur le genre" edited by Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, Anne Revillard (3rd edition, 2020). Or the book "Gender/Queer Studies: Eine Einführung" by Nina Degele (2008).